Il y a des îles que l’on rejoint pour y passer quelques jours. Et puis il y a celles que l’on traverse presque par hasard parce qu’elles se trouvent entre deux destinations que l’on avait réellement envie de découvrir.
Située entre Lombok et Flores, l’île est pourtant loin d’être un simple trait d’union sur une carte. Immense, sèche, parfois rude, elle reste encore largement ignorée des voyageurs. Pendant que les touristes se pressent à Lombok et que le parc national de Komodo attire désormais des visiteurs du monde entier, Sumbawa demeure discrète. Et c’est précisément pour cette raison que nous avons décidé de la traverser. D’ouest en est, en voiture, par la route.
Une manière de rejoindre Flores et Komodo sans reprendre l’avion, mais surtout une occasion de découvrir une Indonésie beaucoup plus quotidienne où les voyageurs étrangers restent encore suffisamment rares pour provoquer régulièrement quelques sourires et quelques regards amusés.

Sumbawa, l’île qui change de visage
Dès les premiers kilomètres, on comprend que Sumbawa n’est pas une destination « carte postale« . Le climat est nettement plus sec, les paysages beaucoup moins luxuriants et les montagnes prennent parfois des teintes presque arides. La végétation se fait plus clairsemée, les collines semblent brûlées par le soleil et les longues routes traversent des paysages où l’on peut parfois rouler plusieurs dizaines de kilomètres sans croiser grand monde. Cette sécheresse donne à l’île une personnalité particulière.
L’Indonésie que l’on imagine souvent est celle des rizières verdoyantes, des cocotiers et des jungles tropicales. Ici, les couleurs changent. Les jaunes et les ocres apparaissent, les collines deviennent plus sèches et l’horizon semble s’élargir. Sumbawa possède quelque chose de plus brut. Et c’est justement ce qui la rend intéressante.

Traverser Sumbawa plutôt que prendre l’avion
C’était précisément l’idée de notre voyage. Plutôt que de relier Flores et Lombok par avion, nous avons choisi de prendre la route et de traverser l’île. Sur une carte, l’idée paraît assez simple. Dans la réalité, Sumbawa est immense et les distances prennent du temps. Les routes principales permettent de traverser l’île, mais le rythme reste celui d’un véritable road trip : on ne programme pas une dizaine d’étapes en quelques jours en espérant tout voir. Il faut accepter de rouler.
Et surtout accepter que le trajet fasse partie du voyage.
Nous avons donc loué une voiture sur place, ce qui nous a permis de nous déplacer à notre rythme et de nous arrêter lorsque nous en avions envie. Mais attention : on conduit à gauche en Indonésie et certaines habitudes de circulation peuvent surprendre. Entre les scooters qui surgissent de partout, les dépassements parfois créatifs et les règles de circulation qui semblent parfois relever davantage de la négociation collective que du code de la route, mieux vaut avoir un peu d’expérience de la conduite en Asie du Sud-Est ! 😉
Ce n’est pas forcément le road trip que je conseillerais à quelqu’un qui n’a jamais conduit hors d’Europe. Mais pour ceux qui aiment conduire et savent s’adapter, c’est une formidable manière de découvrir Sumbawa.

Bima, première étape
Notre première étape fut Bima, l’une des principales villes de Sumbawa, installée au fond d’une vaste baie dans la partie orientale de l’île.
Soyons honnêtes : nous n’étions pas venus à Bima pour ses monuments. La ville possède bien quelques curiosités historiques, notamment liées à l’ancien sultanat de Bima, mais son intérêt est surtout ailleurs. Bima, c’est avant tout une plongée dans une Indonésie très quotidienne. En fin de journée, lorsque la chaleur commence à retomber, les familles se retrouvent sur la promenade qui longe la baie. Les enfants jouent, les scooters circulent, les petits stands de street food apparaissent et les odeurs de friture, d’épices et de grillades commencent à se mélanger à l’air marin.


Nous avons mangé dans quelques restaurants qui nous ont agréablement surpris et dormi au Marina Inn Hotel, où l’accueil a été particulièrement chaleureux. Et surtout, nous n’avons croisé quasiment aucun touriste. À vrai dire, nous étions un peu les curiosités du jour et c’est ce genre de situation qui fait tout le charme d’une étape comme celle-ci : on ne vient pas cocher un monument, on vient simplement observer, goûter, discuter, se laisser porter par l’ambiance.
Une ville sans véritable incontournable touristique, mais une vraie rencontre avec l’Indonésie.
Saleh Bay et les requins-baleines : une rencontre qui fait débat
Plus loin sur la route, au centre de Sumbawa, se trouve l’une des expériences qui attirent désormais les voyageurs les plus aventureux : Saleh Bay et ses requins-baleines.
La baie est devenue l’un des principaux sites indonésiens pour observer ces impressionnants poissons, qui fréquentent les eaux de la région. Des pêcheurs de Labuan Jambu ont progressivement développé une activité touristique autour de ces rencontres, notamment à proximité des plateformes de pêche traditionnelles. Sur le papier, l’expérience fait rêver. Se retrouver dans l’eau face à un animal pouvant mesurer plusieurs mètres, dans les eaux calmes de Saleh Bay, doit être absolument extraordinaire.
Dans quelles conditions ces requins-baleines sont-ils attirés ? L’activité fait en effet l’objet de débats sur son impact et sur les pratiques utilisées autour des plateformes de pêche. Le fonctionnement historique repose notamment sur la présence de petits poissons autour des bagan, ces plateformes de pêche traditionnelles, ce qui attire les requins-baleines.

Nous avions prévu cette sortie. Mais une otite nous a finalement contraints à l’annuler. Avec le recul, cela m’aura au moins permis de prendre le temps de réfléchir à cette activité plutôt que de simplement la vivre. Voir un animal sauvage n’est pas forcément une expérience éthique simplement parce qu’elle se déroule dans la nature. Si vous envisagez cette excursion, je vous conseille donc de vous renseigner précisément sur les pratiques de l’opérateur choisi, les distances imposées, les interactions autorisées et l’impact réel de l’activité sur les animaux.
Une rencontre improbable sur la route
Notre road trip nous a également offert l’un de ces petits moments que l’on ne peut évidemment pas programmer. Nous sommes arrivés à Sila au moment des festivités organisées autour de la fête de l’Indépendance indonésienne. Le 17 août 2026, l’Indonésie célébrait son 81e anniversaire d’indépendance, et comme partout dans le pays, les villages avaient organisé leurs propres festivités. Nous sommes tombés sur un défilé de jeunes Indonésiens.
Costumes, musique, couleurs, sourires… Et surtout cette curiosité immédiate lorsque des voyageurs étrangers sortent leur appareil photo. Nous avons rapidement échangé quelques sourires, puis quelques photos. Rien de spectaculaire. Pas d’activité prévue dans notre itinéraire. Simplement un moment de vie qui s’est invité dans notre voyage. Et c’est probablement l’une des choses que j’aime le plus dans les road trips : cette capacité à créer des rencontres que l’on n’aurait jamais pu planifier depuis son canapé.
Sumbawa Besar, l’étape que nous aurions aimé découvrir
Nous avions prévu de faire étape à Sumbawa Besar, mais notre temps limité nous a finalement obligés à continuer directement vers la côte ouest. Et c’est probablement l’un de mes petits regrets de ce passage sur l’île. Sumbawa Besar est l’une des principales villes de l’île et constitue notamment un point d’accès à plusieurs sites naturels et culturels de la région. Mais Sumbawa est immense. Et c’est probablement l’une des premières choses à comprendre lorsqu’on prépare un voyage ici : vouloir « faire Sumbawa » en quelques jours est assez illusoire. Entre les distances, les routes et les nombreux détours possibles, il faut faire des choix. Nous avons donc choisi de privilégier la côte ouest. Et nous n’avons pas été déçus.
La côte ouest : Sumbawa comme on ne l’imaginait pas
Après plusieurs heures de route, nous avons finalement rejoint la côte ouest. Et là, changement complet de décor. Les longues plages de sable blanc apparaissent entre les collines, les vagues viennent se briser au large et les paysages donnent parfois l’impression de retrouver le sud de Lombok d’il y a quelques années. Mais avec une différence fondamentale : ici, il n’y a quasiment personne.

La portion de côte que nous avons parcourue était encore largement dépourvue de constructions. Pas de ville, très peu d’infrastructures touristiques, pas de succession de resorts ou de restaurants alignés les uns à côté des autres. Par endroits, nous pouvions parcourir plusieurs kilomètres sans voir la moindre construction. Une immense plage. Des collines sèches. Une mer turquoise.
Et quelques pêcheurs ou habitants dans les environs. C’est cette partie de Sumbawa que je qualifierais volontiers de vierge : non pas une île inhabitée ou totalement inaccessible, évidemment, mais une côte encore extrêmement peu aménagée et qui conserve une véritable sensation de bout du monde. Et c’est absolument magnifique.
Les surfeurs ont déjà trouvé le chemin
Évidemment, nous ne sommes pas les premiers à avoir découvert ces plages. Les surfeurs ont depuis longtemps repéré la côte ouest de Sumbawa, notamment autour de Maluk, Jelenga et Sekongkang. Certaines vagues sont même devenues de véritables références pour les surfeurs expérimentés, avec des spots comme Scar Reef. Et c’est probablement par eux que le tourisme international arrivera.
Les premiers hébergements apparaissent. Quelques structures commencent à se développer. Des projets plus ambitieux sont également en cours. Et l’on sent que quelque chose est en train de changer.
Pour l’instant, cela reste extrêmement confidentiel, mais le potentiel est évident. Imaginez ces mêmes plages dans dix ou quinze ans avec davantage de restaurants, des hôtels, des villas, des écoles de surf et des dizaines de véhicules de location. Difficile de ne pas se dire que la Sumbawa que nous avons découverte ne restera probablement pas éternellement comme ça.
Sumbawa deviendra-t-elle le prochain Lombok ?
Je ne le pense pas vraiment. Et c’est peut-être justement ce qui me rassure.
La côte ouest possède tous les ingrédients pour devenir une nouvelle destination touristique : des plages magnifiques, des vagues exceptionnelles, une nature spectaculaire et cette sensation de bout du monde que recherchent aujourd’hui de plus en plus de voyageurs.
Mais pour le reste de Sumbawa, j’ai beaucoup plus de mal à imaginer un tourisme de masse. L’île est immense, les distances sont importantes, les paysages sont beaucoup plus bruts et beaucoup moins « carte postale ». On y trouve des routes interminables, des collines sèches, des villes sans véritable intérêt touristique, des villages et une vie locale qui n’ont pas été pensés pour accueillir les voyageurs. Et c’est précisément ce qui m’a plu. Tout n’est pas instagrammable. Tout n’est pas facile. Mais tout est terriblement intéressant à observer.
Trop brute, trop sauvage, trop peu « carte postale ».
Faut-il vraiment aller à Sumbawa ?
Si votre objectif est de passer dix jours sur une plage avec un cocktail à la main, probablement pas. Lombok sera plus simple.
Si vous cherchez une succession de sites incontournables que vous pouvez parcourir les uns après les autres, ce n’est probablement pas non plus la meilleure destination. Mais si vous aimez les voyages qui laissent une place à l’imprévu, les longues routes, les rencontres spontanées et les destinations qui ne sont pas entièrement organisées autour du tourisme international, alors Sumbawa mérite largement votre attention.
Et surtout, ne faites pas comme nous en essayant de la traverser trop vite. Nous avions prévu quelques jours seulement et avons dû faire des choix. Avec davantage de temps, j’aurais aimé explorer Sumbawa Besar, découvrir davantage l’intérieur de l’île et passer plus de temps sur cette côte ouest qui semble aujourd’hui à l’aube d’une nouvelle aventure touristique.
Informations pratiques pour organiser un road trip à Sumbawa
🚗 Louer une voiture
La voiture permet réellement de donner du sens à une traversée de Sumbawa. Nous avons loué notre véhicule à Bima, ce qui nous a permis de prendre la route en toute autonomie.
Attention cependant : on conduit à gauche en Indonésie et certaines habitudes de circulation peuvent surprendre. Entre les scooters qui surgissent de partout, les dépassements parfois créatifs et les règles de circulation qui semblent parfois relever davantage de la négociation collective que du code de la route, mieux vaut avoir un peu d’expérience de la conduite en Asie du Sud-Est ! Pour une famille, je privilégierais clairement la voiture.
⛴️ Comment rejoindre Sumbawa ?
Depuis Lombok, le ferry permet de rejoindre Poto Tano, à l’ouest de Sumbawa. C’est l’une des portes d’entrée les plus simples pour commencer un road trip sur l’île. Pour rejoindre l’est de l’île, des vols desservent notamment Bima, ou vous pouvez prendre le bateau depuis Labuan Bajo
🏄 Où aller sur la côte ouest ?
Les secteurs de Maluk, Jelenga et Sekongkang sont particulièrement intéressants pour les plages et le surf. Jelenga est notamment connue pour son célèbre spot de Scar Reef, tandis que Maluk et les environs offrent de belles plages dans un environnement encore relativement peu développé.
🐋 Et les requins-baleines ?
Saleh Bay est aujourd’hui l’une des expériences emblématiques de Sumbawa. Mais je recommande de ne pas réserver cette excursion les yeux fermés : renseignez-vous sur les pratiques de l’opérateur, les interactions avec les animaux et les mesures de protection mises en place. Une rencontre avec la faune sauvage doit rester une rencontre avec la faune sauvage et non devenir un spectacle organisé autour d’animaux contraints de modifier leur comportement pour satisfaire les visiteurs.
⏳ Combien de temps prévoir ?
Pour simplement traverser l’île entre Lombok et Flores, quelques jours sont possibles, mais vous passerez alors essentiellement votre temps sur la route. Une semaine me semble être un minimum intéressant pour commencer à explorer Sumbawa, tandis que deux semaines permettraient réellement de prendre son temps, de multiplier les étapes et de sortir des grands axes.
Sumbawa mérite mieux qu’un simple trajet entre deux avions.
Cet article fait partie des découvertes indonésiennes de notre voyage de l’été 2026 (cf. Karimunjawa pour la première étape).
